📌 À retenir
Une plus-value ou perte latente est un gain ou une perte non encore réalisé sur un titre que vous détenez toujours. Bien utilisées, les pertes latentes permettent de réduire l’IS de votre entreprise. Les plus-values latentes doivent être anticipées pour optimiser leur imposition.
Qu’est-ce qu’une plus-value ou perte latente ?
Une plus-value latente correspond à l’écart positif entre la valeur actuelle
d’un titre que vous détenez et son prix d’acquisition, sans que vous ayez encore vendu ce titre.
Elle n’est pas imposable tant que vous ne réalisez pas la vente.
À l’inverse, une perte latente représente une moins-value potentielle sur un titre
en portefeuille. Bien qu’elle ne soit pas encore réalisée, elle peut être utilisée stratégiquement
pour optimiser la fiscalité de votre entreprise.
Traitement fiscal des plus-values et moins-values pour les entreprises
Régime des plus-values à court terme
Pour une entreprise soumise à l’IS, les plus-values sur valeurs mobilières réalisées
sont intégrées au résultat fiscal ordinaire et imposées au taux normal de l’IS
(25 % ou 15 % pour les PME sur les premiers 42 500 €). Il n’existe pas de régime de plus-value
à long terme favorable comme pour les particuliers (flat tax à 12,8 %).
Exception : les titres de participation
Les titres de participation (détention ≥ 5 % dans une filiale) bénéficient
d’un régime d’exonération à 88 % (quote-part de frais et charges de 12 %).
Seules les autres valeurs mobilières (titres de placement, OPCVM…) sont pleinement taxables.
Comment utiliser les pertes latentes pour optimiser votre IS ?
La stratégie d’arbitrage fiscal sur les pertes latentes consiste à vendre
délibérément des titres en moins-value avant la clôture de l’exercice pour :
- Constater une moins-value réalisée déductible du résultat IS
- Racheter immédiatement (ou très rapidement) les mêmes titres pour maintenir l’exposition au marché
- Réduire l’IS de l’exercice tout en conservant le profil d’investissement initial
💡 Exemple concret
Votre entreprise détient des fonds sur un compte-titres. En novembre, un fonds affiche une perte latente de 30 000 €.
Sans arbitrage : IS calculé normalement sur le résultat courant.
Avec arbitrage : Vente du fonds → moins-value réalisée de 30 000 € → économie IS de 7 500 € (30 000 × 25 %).
→ Rachat immédiat du même fonds → maintien de l’exposition au marché.
→ Gain net fiscal : 7 500 € sans modifier réellement la stratégie d’investissement.
Précautions et limites de la stratégie
Cette stratégie est légale mais doit être mise en œuvre avec précaution :
-
Frais de transaction : les frais d’aller-retour (vente + rachat) doivent être
inférieurs à l’économie fiscale générée. Sur des montants importants, l’opération est rentable. -
Risque de requalification (abus de droit) : si l’administration fiscale considère
que l’opération est uniquement motivée par l’évasion fiscale sans substance économique,
elle peut la requalifier. La jurisprudence est favorable à cette pratique si elle est bien encadrée. -
Délai de rachat : il est recommandé d’attendre quelques jours entre la vente
et le rachat pour justifier d’une logique économique, même minime. -
Impact sur la provision pour dépréciation : si votre entreprise a constitué
une provision pour dépréciation sur ces titres, l’arbitrage peut impacter sa reprise.
Gestion du compte-titres entreprise : bonnes pratiques
Revue régulière du portefeuille
Il est recommandé d’effectuer une revue trimestrielle de votre compte-titres avec votre
conseiller financier pour identifier les opportunités d’arbitrage fiscal avant la clôture
de chaque exercice.
Anticiper les plus-values latentes importantes
Si votre portefeuille affiche d’importantes plus-values latentes, anticipez leur réalisation
sur plusieurs exercices pour lisser l’impact fiscal, plutôt que de tout réaliser en une fois.
Combiner avec d’autres stratégies
L’arbitrage sur les pertes latentes s’inscrit dans une stratégie fiscale globale incluant :
la gestion du résultat fiscal, le choix de la date de clôture d’exercice, et les investissements
permettant des déductions (SCPI usufruit, contrat de capitalisation…).
Questions fréquentes
Non, directement. Une perte latente n’est pas déductible en tant que telle. En revanche, votre entreprise peut constituer une provision pour dépréciation des titres si la baisse est durable. Cette provision est déductible de l’IS sous conditions. La cession effective reste la méthode la plus simple et la plus sûre pour constater la moins-value.
Oui, dans la mesure où l’opération présente une substance économique et n’est pas exclusivement motivée par la réduction d’impôt. Le Conseil d’État a validé cette pratique dans plusieurs arrêts, à condition que la vente et le rachat ne soient pas simultanés et que l’opération s’inscrive dans une gestion normale de portefeuille.
La plus-value latente existe sur le papier tant que vous n’avez pas vendu le titre. Elle n’est pas imposable. La plus-value réalisée intervient lors de la cession effective et déclenche l’imposition à l’IS. La frontière entre les deux est la date de cession.